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NOMENKLATURA DES SIGNES


Par Alexey Titarenko

Résumé

Année de création :

En 73 ans d'existence, la pouvoir de la nomenklatura en U.R.S.S., l'élite composée de cadres du Parti bénéficiant de privilèges particuliers à l'époque a enfanté, tout naturellement à son image, une autre nomenclature : celle des signes. Cette dernière, une sorte

En 73 ans d'existence, la pouvoir de la nomenklatura en U.R.S.S., l'élite composée de cadres du Parti bénéficiant de privilèges particuliers à l'époque a enfanté, tout naturellement à son image, une autre nomenclature : celle des signes. Cette dernière, une sorte de Nomenklatura des signes avait été inventée par la bureaucratie pour mieux placer la vie humaine entre les parenthèses de l'idéologie. La réalité s'est muée en signe. La vie toute entière du peuple soviétique est devenue signe, substitut à la vie réelle.

Les images d'Alexey Titarenko, véritables montages de signes, superpositions et strates de l'univers du mensonges, se transforment en représentation visuelle absurde et irréelle. Il utilise un virage spécial, qu'il a inventé, pour donner une irisation particulière pour les parties noires des images, et des assemblages de papier, de carton et tissu.

"La Nomenklatura des signes s'est créée au croisement de deux époques, celle du totaritalisme et la Perestroïka. Elle se situe sur une frontière fragile oscillant entre tragédie et dérision.

Cette série fut, en premier lieu, conçue comme tel un réflexe à l'encontre de la stupidité et de l'absurdité du régime en place en U.R.S.S ; sorte de réaction automatique et personnelle aux manifestations étranges (voire surnaturelles) de ce régime.

Le paysage visuel qui nous entoure est irréel, hors de tout référent réaliste. Composé essentiellement de signes, il est le résultat de l'imaginaire pervers de la nomenklatura du parti. Le signe «magasin» n'est qu'une enseigne de carton : il n'y a rien là-dedans de consommable. Les individus sont réduits à des représentations préconçues : «le vrai ouvrier» ou «l'heureuse constructrice du communisme». Jamais vous n'auriez pu rencontrer en réalité de tels personnages ; sauf peut être et par hasard sur le tableau d'honneur de quelque usine.

Réalisée sur une période de plus de 7 ans, cette série qui rassemble collages et images a suivi les évolutions et mutations de l'U.R.S.S., tendant au fil du temps écoulé, à se transformer en une sorte de nécrologie. Elle constitue ainsi le constat d'une époque qui, de plus en plus, semblait déjà révolue.

La projection des images accompagnées de mes commentaires enregistrés et d'une musique de Chostakovitch (qui a, en quelque sorte, inspiré certaine images) s'efforcera de recréer cette ambiance particulière. Cette atmosphère émotionnelle et spirituelle telle que j'ai pu l'éprouver et la ressentir dans mon fort intérieur et dans ma peau. Bien que très personnelle, cette vision a également une portée plus générale car elle est propre à nombre d'artistes de mon âge dans l'U.R.S.S. de cette époque."

Alexey Titarenko