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Doïna


Par Patrick Galbats

Résumé

Année de création :

En quelques photographies prises en Roumanie, Patrick Galbats questionne de façon intransigeante la fonction, les enjeux et les problématiques de l’approche documentaire du réel en couleurs. Et il le fait sur une tonalité rare, dans une tension entre l’évidence et la

En quelques photographies prises en Roumanie, Patrick Galbats questionne de façon intransigeante la fonction, les enjeux et les problématiques de l’approche documentaire du réel en couleurs.

Et il le fait sur une tonalité rare, dans une tension entre l’évidence et la fraîcheur d’un point de vue qui ne cultive jamais l’exercice d’une affirmation stylistique identifiable et une forme d’engagement, de proximité aux autres, de disponibilité à la surprise.

Patrick Galbats affirme et assume parfaitement le fait que sa photographie est documentaire. Elle se donne comme une confrontation au monde qui l’entoure ou qu’il a décidé d’explorer, mais, avec finesse, elle se donne également comme un questionnement de ce monde qui n’en est, en aucun cas, la reproductionAu départ du projet, qui est aussi un projet de vie qui fonde l’indispensable principe de nécessité, il y a cette affirmation : « Hors du confort des certitudes : ma quête du bonheur se manifeste le long d’inoubliables voyages pour que mes images crient toutes affections que je ressens envers le pays et sa population. » (Patrick Galbats).

Difficile d’être plus clair que ce manifeste généreux qui fonde la façon sensible dont éthique et esthétique vont dialoguer. Alors, point d’anecdote du réel qui vienne séduire, si anecdote il y a, elle sera visuelle, et discute, accompagnée d’un sourire. Les gens, les autres, qui sont essentiels et qui fondent le propos ne sont jamais objet des photographies, ils en sont, au sens actif, les sujets. Ils existent cependant sans jamais être héroïsés, ils traversent le monde, expérimentent l’espace, nous aident à lire les signes auxquels ils se confrontent. Discrètement, le photographe enregistre en le mettant en forme, en cadre, le sentiment d’un instant et nous l’offre davantage comme un questionnement de notre point de vue que comme sa description du monde. Et il nous invite alors à être responsables.

La couleur joue un rôle essentiel dans cette approche. Elle n’est ni réaliste ni maniériste mais elle sert à composer des photographies couleur qui ne sont pas simplement des façons de morceler le monde en fonction des tonalités et elles ignorent tout ce que peut avoir eu d’illusoire le sentiment d’une fidélité plus grande au réel parce que la photographie était « en couleurs ». Cette couleur, savante en fait sans jamais le montrer, installe un climax, une forme de tendresse, une douceur de l’espace qui induit et rend avec légèreté l’évidence du regard empathique porté par le photographe sur le monde qu’il met en forme.

On a alors le sentiment, tellement réjouissant, que la photographie, y compris celle qui choisit la couleur, a atteint l’âge adulte, qu’elle sait éviter le pictorialisme, qu’elle a oublié sa fonction de reproduction et qu’elle nous transmet tour à tour des énergies de l’instant, des étonnement visuels, des bribes d’information, du sentiment et de l’émotion. Ce qui, reconnaissons-le, n’est pas si mal.

Christian Caujolle *

Septembre-Décembre 2003

* Directeur artistique de l’Agence et de la Galerie VU’. Paris